Dimanche 19 octobre 2008 7 19 /10 /Oct /2008 10:16

Source : Marianne 2 

Par Juan. Cette 76ème semaine de Sarkofrance, un événement a supplanté la crise : les sifflets qui ont accueilli la Marseillaise. L'UMP en a fait des tonnes sur le sujet. Histoire de faire oublier que ceux qui méritent vraiment d'être sifflés continuent leur oeuvre…

 
(Mallox-Flickr-licence cc)
En cette 76ème semaine de Sarkofrance, les Bourses mondiales ont joué au yoyo avec nos nerfs. Nicolas Sarkozy, président semestriel du Conseil Européen, est parvenu à mettre d'accord ses voisins de la zone euro, puis l'Union Européenne dans son ensemble de dépenser 1 700 milliards d'euros pour sauver le système bancaire d'une crise de confiance. En France, certains ont fait beaucoup de vacarme sur une anecdote sportive, celle d'un hymne national sifflé pendant un match amical mardi soir. Une distraction de plus pour éviter de siffler les véritables mauvais joueurs.

On n'a pas sifflé la fin du capitalisme
Cette semaine, ce n'est pas la fin d'un monde. L'UMP, sous l'impulsion de son président fantôme, s'est empressé d'installer des « ateliers » pour travailler à « la refondation du capitalisme. » Comment laisser des idéologues libéraux réfléchir à sauver leur système ? Serait-ce une thérapie de groupe ? Dès les premiers jours, la réaction de Nicolas Sarkozy a été sans équivoque. La crise financière est la conséquence d'une poignées d'irresponsables fautifs en Bourse. Où est donc passée la merveilleuse « main invisible du marché » ? Les traders ont beau jeu d'expliquer qu'ils n'ont fait que leur métier. Ils ont raison. Le capitalisme a substitué l'illusion financière à la croissance des industries et des services. Du côté de la Sarkozie et des milieux d'affaires, le discours est rodé: le système a été perverti. Ben voyons.

Nicolas Sarkozy, samedi 18 octobre, est dans les bureaux de George W; Bush dans sa résidence de vacances de Camp David pour le convaincre d'organiser un nouveau Bretton Woods. Nicolas Sarkozy se prendrait-il pour De Gaulle ? La comparaison avec celui qui dirigea la France Libre puis un véritable gouvernement d'union nationale, et présida à la création de la Sécurité Sociale et des services publics au lendemain de la guerre serait funeste pour le Monarque actuel de l'Élysée.

Personne n'a sifflé le Président
Nicolas Sarkozy avait la voix enrouée en fin de semaine. Le rythme soutenu de ces derniers jours le changent de ses longs weekends d'août. Surtout, il ne comprend pas grand chose à ce qui se passe. En mars 2005, Nicolas Sarkozy encourageait les subprimes sans le savoir. Il fallait prêter aux pauvres !

« Il faut mettre en œuvre rapidement la réforme du crédit hypothécaire. Ce n'est quand même pas excessivement audacieux de proposer que les crédits immobiliers soient tout simplement et uniquement garantis sur la valeur des biens achetés ; ni excessivement anormal de demander aux banques d'accorder sur la même hypothèque un nouveau crédit, lorsque le précédent emprunt a été partiellement remboursé. Il faut inciter les banques à prêter à tous et pas seulement aux plus aisés. » (source: UMP)

Nicolas Sarkozy a réussi dimanche dernier à mettre d'accord l'Eurogroupe, les chefs d'Etats membres de la zone euro. C'est une performance qu'il faut saluer. La crise était grave. Nicolas Sarkozy a rattrapé son propre retard inconséquent des 3 semaines précédentes. Il peut surtout remercier le Premier ministre britannique Gordon Brown. Ce dernier a convaincu ses homologues des seules bonnes actions à mettre en œuvre : il fallait débloquer le crédit interbancaire. Les établissements financiers ne se font plus confiance, et risquent de ne plus prêter à personne. Asphyxie générale ! Sarkozy, seul, avait décidé de garantir les dépôts des particuliers, de construire 30 000 logements et de transférer 22 milliards d'euros de la collecte des Livrets A vers le crédit aux PME. Une goutte d'eau dans une piscine en débordement.

Lundi soir, comme ses homologues anglais, allemand, ou italien, il a annoncé son propre plan de plusieurs centaines de milliards d'euros. Finalement, Sarkozy s'est retrouvé à la remorque de Brown.
Cette crise l'a semble-t-il conforter dans sa stature de Monarque. Il porte plainte contre l'ancien patron des RG à cause de la publication des carnets privés de ce dernier; il exige l'interdiction de la commercialisation d'une poupée Vaudou à son effigie; il demande à supprimer les régions (majoritairement à gauche) au profit des départements (où le rapport gauche/droite est plus équilibré); il régente même le comportement des spectateurs dans les stades; et il s'octroie une augmentation de 11% de son budget en 2009. Il est vrai qu'il voyage beaucoup. Il lui fallait un bel avion tout beau tout neuf. C'est chose faite pour le Monarque.

On a sifflé la Marseillaise, et alors ?
L'inconséquence ou simplement la joie du défi de quelques supporteurs a permis aux bonnes consciences de la Sarkofrance de se refaire une santé. L'indignation fut nationale. Bernard Laporte, le patron de casino et secrétaire d'Etat aux Sports a réclamé un «public sain.» Siffler l'hymne, comme brûler des billets de banque ou le drapeau, a de tous temps dérangé les Etats. L'oukase présidentiel est tombé le lendemain: les matches qui seront troublés par de tels comportements seront suspendus immédiatement. Le Monarque a parlé, de façon impulsive comme souvent.
Michel Platini lui a gentiment rétorqué que la réaction présidentielle était crétine: « Il y a trente ans, quand je jouais avec l'équipe de France, La Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. » Et l'ancien champion d'expliquer: « Je ne vois pas dans les sifflets qu'on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France mais simplement des manifestations contre un adversaire d'un soir, en l'occurrence l'équipe de France, que l'on veut battre. » Merci Michel, on va pouvoir retrouver une activité normale. Priver 50 à 70 000 supporters de leur match est simplement la meilleure façon de provoquer des émeutes. Peut-être pourrait-on cesser d'assimiler 11 joueurs éventuellement talentueux courrant après une baballe à un acte de fierté nationale ? Quelques heures plus tard après l'affront national, il nous a aussi fallu rappeler :

Pourtant, réfléchissez un peu, amis patriotes. La France est une belle cause qu'un ministre de l'Identité Nationale, exécuteur d'une politique indigne de son chef Nicolas, bafoue un peu plus chaque jour. Dans la France de Brice Hortefeux, il faut savoir apprendre à expliquer à nos amis étrangers pourquoi on peut séparer des familles d'immigrés, demander un test ADN pour justifier une maternité, et en même temps employer des clandestins pour la rénovation de la maison de campagne du Président.
En sarkofrance, tout est possible.


Taisez-vous les pauvres !
La crise est là, mais rien ne change en Sarkofrance. Après les mauvaises nouvelles du mois d'août, l'UNEDIC table désormais sur une hausse de 46.000 chômeurs en 2008. Il y a à peine trois mois, elle attendait une baisse de 80.000 pour l'année. Vendredi dernier on apprenait que la production industrielle aussi avait fléchi en août, de 0,4% par rapport à juillet. L'inflation s'est confirmée à 3,6% en septembre dans la zone euro, preuve que le marché reste tendu malgré le ralentissement de la croissance, voire l'entrée en récession pour certains pays tel la France depuis 3 mois.

François Fillon a bien commencé un mea culpa discret: mercredi sur RTL, il a avoué que le gouvernement allait revenir aux contrats aidés, pour juguler la hausse du chômage. Voici enfin l'échec de la « politique des heures sup » officialisé ! Mais c'est l'arbre qui cache encore la forêt: aucune mesure d'accompagnement social de la récession à venir n'a été annoncé.

Le durcissement de la politique sociale amorcée depuis 18 mois se poursuit: avec la généralisation du travail le dimanche, Le gouvernement laisse croire que la consommation sera plus grande si les horaires de la distribution s'assouplissent. En période de baisse du pouvoir d'achat, l'argument est un peu simple. Une exception ? La mise en œuvre d'un Revenu de Solidarité Active dont le financement acquis au forceps paraît bien ridicule face aux sommes monstrueuses dégagées en quelques heures pour sauver les banques. Rachida Dati a quelques peines à concilier son incompétence et les suicides à répétitions dans les mourroirs que l'on appelle prisons. Brice Hortefeux croit se refaire une éthique grâce à son « Pacte Européen de l'Immigration et de l'Asile », adopté par les 27 Etats membres.

Ne faut-il pas siffler Frédéric Lefebvre ?
L'UMP est un parti godillot. C'est le propre des partis au pouvoir. Un homme s'en distingue. Frédéric Lefebvre, l'un des 3 porte-paroles du Parti. Il est de tous les combats. C'est normal. C'est son métier. Frédéric Lefebvre est l'homme des basses œuvres et des confidences de Nicolas Sarkozy. Lobbyiste professionnel, il défendait les intérêts de belles sociétés du tabac ou de l'agro-alimentaire. Il avait son bureau au Ministère de l'intérieur. Cécilia Sarkozy le détestait, car il couvrait son patron en « toutes occasions. » Il est député sans avoir été élu, grâce à la suppléance d'André Santini dont il a récupéré le fauteuil. Lefebvre a un avis sur tout, même s'il ne connaît pas grand chose (immigration, immobilier, culture, audiovisuel, heures supplémentaires). N'y-a-t-il personne pour l'arrêter ?

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Rien ne change en Sarkofrance.

Retrouvez toute la Sarkofrance : cliquez ici.
Par diogène-ligoteros
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 13:40
Source : Contre Info.
16 octobre 2008

« Le marché financier, en d’autres termes le volume des échanges de papier virtuel, est plus de vingt fois supérieur aux échanges de l’économie réelle. La richesse réellement existante n’est plus suffisante, comme jadis, pour servir de gage à la dette financière. Un seuil a été dépassé : le seuil de liaison entre le capitalisme, fondé sur le crédit, et les ressources naturelles, qui sont la base de toute richesse réelle. » L’école monétariste considère l’inflation comme le pire des maux. L’accroissement de la masse monétaire sans contrepartie réelle dans la production n’est qu’une illusion de richesse, nous dit-on. Fort bien. Mais quid de l’accroissement de la valeur des actifs ? Les actifs ne sont en fait que des « droits de tirage » sur la production future. L’épargne placée aujourd’hui n’a de sens que si elle se traduit demain par la possibilité de consommer. C’est donc in fine une forme de la monnaie « congelée » pour une disponibilité ultérieure. Que se passe-t-il lorsque la valeur des actifs - leur future contrepartie monétaire - gonfle d’elle même dans des processus spéculatifs alimentés par la dette ? La même chose que lorsque l’on fait tourner la planche à billet. La valeur du signe s’effondre. Nous y sommes.

Intervention d’Yves Cochet à la tribune de l’Assemblée Nationale, 14 octobre 2008

M. Yves Cochet. La catastrophe actuelle n’est pas une crise financière, économique, écologique, politique, sociale ou culturelle. Elle est tout cela à la fois et simultanément, ce en quoi elle est totalement inédite.

M. Marc-Philippe Daubresse. Tout est dans tout !

M. Yves Cochet. Elle est, en un mot, une crise anthropologique. Pour le comprendre, il nous faut remettre en question toutes nos croyances - et Dieu sait si elles sont nombreuses ici. Il nous faut décoloniser l’imaginaire. (Applaudissements ironiques sur plusieurs bancs du groupe UMP.) Il nous faut penser l’impensable.

La débâcle financière actuelle n’est pas d’abord, comme on l’entend ici ou là, une crise de liquidité. C’est une crise de surgonflement des actifs financiers par rapport à la richesse réelle, c’est-à-dire l’opposé d’une crise de liquidité. Le marché financier, en d’autres termes le volume des échanges de papier virtuel, est plus de vingt fois supérieur aux échanges de l’économie réelle. La richesse réellement existante n’est plus suffisante, comme jadis, pour servir de gage à la dette financière. Un seuil a été dépassé : le seuil de liaison entre le capitalisme, fondé sur le crédit, et les ressources naturelles, qui sont la base de toute richesse réelle.

M. François Goulard. Cela ne veut rien dire !

M. Yves Cochet. Monsieur Goulard, prétendriez-vous que les ressources naturelles ne sont pas la base de toute richesse réelle ?

M. François Goulard. Mais non, c’est le pouvoir de l’homme !

M. le président. Monsieur Cochet, un discours à la tribune n’est pas un dialogue. Vous seul avez la parole.

M. Yves Cochet. Je veux simplement dire à M. Goulard : n’achetez plus de pétrole, ce n’est pas une richesse réelle !

L’effondrement financier actuel s’explique par le dépassement de ce seuil, par la rupture de cette liaison. Autrement dit : la dette est totalement dévaluée en termes de richesses réellement existantes. Avant l’intervention des États et en l’espace de quelques jours, personne ne désirait plus échanger une richesse réelle contre une dette, même rémunérée par un fort taux d’intérêt. La dévaluation de la dette s’explique par cette déconnection, et non pas par un manque de crédit, d’argent en circulation ou de prêts entre banques - cliché véhiculé ici et là.

La question principale est donc : la croissance de l’économie réelle peut-elle être assez forte pour rattraper la croissance massive de la dette ? (« Ce n’est pas cela ! » sur les bancs du groupe UMP.) Évidemment, la réponse est non. La croissance de l’économie réelle est désormais fortement contrainte par la raréfaction des ressources naturelles qui forment la base de tous les systèmes de sustentation de la vie économique et sociale. Cette contrainte s’exerce à la fois en amont par la déplétion minérale et fossile - par exemple le pic de Hubbert - et en aval par la pollution de l’atmosphère, des terres et des océans.

En outre, les inégalités croissantes de revenus depuis trente ans n’incitent pas les ménages à la consommer, sauf par le biais de crédits qui gonflent encore plus la dette. Ainsi, les coûts marginaux de la croissance sont désormais supérieurs à ses bénéfices marginaux. Autrement dit encore : la croissance physique réelle nous rend de plus en plus pauvres.

Pourtant, l’aveuglement des dévots de la croissance (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) continue de plus belle ! Ainsi, la déclaration émise par l’Eurogroupe avant-hier commence de la façon suivante : « Le système financier apporte une contribution essentielle au bon fonctionnement de nos économies et constitue une condition de la croissance. »

M. François Goulard. Oui !

M. Yves Cochet. C’est une forme de religion, une théologie, une croyance. Mais l’économie réelle n’est plus en croissance - même négative, madame la ministre : elle est en récession ! Nous pourrions presque prendre des paris sur l’avenir, hélas, car tout cela est bien malheureux. Ceux qui, malgré des signes avant-coureurs objectifs, matériels et présents depuis des années, n’ont pas anticipé, se trouvent fort démunis, y compris dans leur imaginaire.

Quel objectif devons-nous donc viser, en France et en Europe ? Il faudrait que les banques tendent progressivement vers un taux de réserves idéal, c’est-à-dire égal à 100 % de leurs prêts. Toutes les banques devraient devenir graduellement de simples intermédiaires entre déposants et emprunteurs, et non plus des « machins » qui créent de la monnaie à partir de rien et la prête avec intérêt.

M. François Goulard. Elle vient d’où, cette monnaie ?

M. Yves Cochet. Comme je l’ai expliqué, la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique. La croissance est appauvrissante. De toute façon, que vous le reconnaissiez ou non, que vous le vouliez ou non, la récession est là ! Vous n’avez pas su l’anticiper car vos modèles économiques sont périmés, et je crains, hélas, qu’à cause de votre aveuglement, elle ne soit longue et pénible, notamment pour les plus défavorisés, qu’ils vivent dans les pays de l’OCDE ou dans ceux du sud.

Toutes nos actions devraient être guidées par la volonté de faire décroître l’empreinte écologique des pays de l’OCDE. Je sais - et les sourires que je vois me le confirment - que les dirigeants du Conseil européen et vous-même, monsieur le Premier ministre, avez un autre modèle en tête afin de retrouver la croissance. Quelle illusion ! Vous essaierez de sauver la sacro-sainte croissance à laquelle vous croyez parce que vous êtes incapables d’imaginer un autre modèle économique, un autre type de société.

L’espoir d’une nouvelle phase A du cycle de Kondratiev succédant à la phase B que nous traversons depuis trente ans, est vain. Nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle croissance matérielle ou industrielle, mais dans la phase terminale du capitalisme (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), commele disait Immanuel Wallerstein il y a trois jours.

Les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites, pour des raisons géologiques et économiques que vous ne voyez pas. II faudrait mettre en place quelque chose d’entièrement nouveau, une société de sobriété dont je ne peux dessiner, de manière très sommaire, que quatre orientations principales. Premièrement : tendre à l’autosuffisance...

M. Marc-Philippe Daubresse. En matière d’autosuffisance, vous vous y connaissez !

M. Yves Cochet. ... locale et régionale en matière énergétique et alimentaire, au nord comme au sud. Deuxièmement : aller vers une décentralisation géographique des pouvoirs - bref, vers une France fédérale dans une Europe fédérale. Troisièmement : s’efforcer de relocaliser les activités économiques. Quatrièmement : viser une planification concertée (« À la soviétique ! » sur les bancs du groupe UMP) et l’instauration de quotas, notamment en matière énergétique et alimentaire.

À défaut d’une telle vision et d’une telle action, je crains que notre continent européen ne traverse bientôt des épisodes troublés dont nous apercevons déjà les prémisses. Je prends date aujourd’hui devant vous ! (Exclamations sur les bancs du groupe UMP et du groupe NC.)

John Stuart Mill disait : « Aux grands maux, les petits remèdes n’apportent pas de petits soulagements, ils n’apportent rien. »

Mme Claude Greff. Vous non plus !

M. Yves Cochet. Les grands maux actuels de l’Europe et du monde réclament donc une créativité et une inventivité politiques inédites dans notre histoire. C’est à cette hauteur de pensée et d’action que j’appelle les dirigeants européens, afin de sauver la paix, la démocratie et la solidarité.


Publication originale Yves Cochet

 

Par diogène-ligoteros
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /Oct /2008 10:50
Source : Le Monde

Immanuel Wallerstein, chercheur au département de sociologie de l'université de Yale, ex-président de l'Association internationale de sociologie

 

Signataire du manifeste du Forum social de Porto Alegre ("Douze propositions pour un autre monde possible"), en 2005, vous êtes considéré comme l'un des inspirateurs du mouvement altermondialiste. Vous avez fondé et dirigé le Centre Fernand-Braudel pour l'étude de l'économie des systèmes historiques et des civilisations de l'université de l'Etat de New York, à Binghamton. Comment replacez-vous la crise économique et financière actuelle dans le "temps long" de l'histoire du capitalisme ?

Immanuel Wallerstein : Fernand Braudel (1902-1985) distinguait le temps de la "longue durée", qui voit se succéder dans l'histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l'homme à son environnement matériel, et, à l'intérieur de ces phases, le temps des cycles longs conjoncturels, décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff (1982-1930) ou Joseph Schumpeter (1883-1950). Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste.

Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle.

Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation.

La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin.

 

Pourquoi ne s'agirait-il pas plutôt d'une nouvelle mutation du capitalisme, qui a déjà connu, après tout, le passage du capitalisme marchand au capitalisme industriel, puis du capitalisme industriel au capitalisme financier ?

Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné ; il ne se contente pas de petits profits marginaux ; au contraire, il les maximise en constituant des monopoles - il a encore essayé de le faire dernièrement dans les biotechnologies et les technologies de l'information. Mais je pense que les possibilités d'accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, se nourrit du différentiel de richesse entre un centre, où convergent les profits, et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries.

A cet égard, le rattrapage économique de l'Asie de l'Est, de l'Inde, de l'Amérique latine, constitue un défi insurmontable pour "l'économie-monde" créée par l'Occident, qui ne parvient plus à contrôler les coûts de l'accumulation. Les trois courbes mondiales des prix de la main-d'oeuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies. La courte période néolibérale qui est en train de s'achever n'a inversé que provisoirement la tendance : à la fin des années 1990, ces coûts étaient certes moins élevés qu'en 1970, mais ils étaient bien plus importants qu'en 1945. En fait, la dernière période d'accumulation réelle - les "trente glorieuses" - n'a été possible que parce que les Etats keynésiens ont mis leurs forces au service du capital. Mais, là encore, la limite a été atteinte !

 

Y a-t-il des précédents à la phase actuelle, telle que vous la décrivez ?

Il y en a eu beaucoup dans l'histoire de l'humanité, contrairement à ce que renvoie la représentation, forgée au milieu du XIXe siècle, d'un progrès continu et inévitable, y compris dans sa version marxiste. Je préfère me cantonner à la thèse de la possibilité du progrès, et non à son inéluctabilité. Certes, le capitalisme est le système qui a su produire, de façon extraordinaire et remarquable, le plus de biens et de richesses. Mais il faut aussi regarder la somme des pertes - pour l'environnement, pour les sociétés - qu'il a engendrées. Le seul bien, c'est celui qui permet d'obtenir pour le plus grand nombre une vie rationnelle et intelligente.

Cela dit, la crise la plus récente similaire à celle d'aujourd'hui est l'effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle, et son remplacement par le système capitaliste. Cette période, qui culmine avec les guerres de religion, voit s'effondrer l'emprise des autorités royales, seigneuriales et religieuses sur les plus riches communautés paysannes et sur les villes. C'est là que se construisent, par tâtonnements successifs et de façon inconsciente, des solutions inattendues dont le succès finira par "faire système" en s'étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme.

Propos recueillis par Antoine Reverchon
Par diogène-ligoteros
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 21:26

Publié le 12/10/2008 à 12:49 - Modifié le 12/10/2008 à 21:00 Le Point.fr

Source : lepoint.fr (avec agence)

Quand un Nobel de l'Economie conseille aux Français de mettre leur argent à l'abri

Joseph Stiglitz, estime que "la France est plutôt chanceuse" face à la crise actuelle mais conseille quand même aux Français de placer leur argent sur des comptes garantis par l'Etat © Samuel Kubani /AFP PHOTO

Le prix Nobel d'économie 2001, l'Américain Joseph Stiglitz, estime que "la France est plutôt chanceuse" face à la crise actuelle, mais recommande toutefois aux citoyens français la prudence dans un entretien au Parisien daté de dimanche."La France est plutôt chanceuse, car elle n'a pas totalement importé le même système de crédits à risque existant aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (...) Mais je recommande tout de même aux citoyens français d'assurer à 100% leurs économies et de placer leur argent dans des endroits garantis par l'Etat".

Selon Joseph Stiglitz, "dans la plupart des pays occidentaux les établissements ont besoin d'injections de capital, comme ce que le Royaume-Uni vient de faire". Le gouvernement britannique a présenté mercredi un plan massif d'aide au secteur bancaire, dont certains autres pays comme l'Allemagne songent à s'inspirer, et dont la mesure-phare est la mise à disposition des banques d'un total de 25, voire 50 milliards de livres (62,5 milliards d'euros) pour se recapitaliser. Joseph Stiglitz estime par ailleurs que "la guerre en Irak a participé à rendre possible le bazar actuel". "Un retrait de nos troupes de ce pays apportera un surplus de liquidités et cela pourrait aider la situation économique", souligne-t-il.
Par diogène-ligoteros
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 11 octobre 2008 6 11 /10 /Oct /2008 12:19

Parce qu’ils refusaient de se battre pour rien,
Parce qu’ils refusaient de mourir pour les profiteurs de guerre,
Parce qu’ils voulaient mettre fin à la boucherie,
Parce qu’ils refusaient de massacrer les travailleurs sous un autre uniforme,
Parce qu’ils fraternisaient au-delà des tranchées,
Parce qu’ils voulaient la paix, le pain et la liberté,
2 500 soldats français sont passés par les cours martiales qui les ont tous condamnés et 650 ont été fusillés pour l’exemple !
Fusillés pour avoir refusé la barbarie et la guerre impérialiste.
A Craonne, sur le plateau, pendant l’offensive Nivelle, il y a eu 900 (...)

Par diogène-ligoteros
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus